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Dieux et Monstres·3/3·3
Photograph of Roman Forum & Palatine Hill

The place

Roman Forum & Palatine Hill

Romulus et Rémus — Les fils de la louve

Le mythe fondateur de la Ville éternelle, né dans le sang au pied du Palatin

753 BC (traditional founding)Roman Forum & Palatine Hill

Avant que Rome ne soit Rome — avant que les sept collines ne portent temples, palais et le destin de la moitié du monde — deux nouveau-nés furent abandonnés dans les eaux en crue du Tibre. Leur mère était princesse. Leur père, à en croire la légende, un dieu. Et la colline où le fleuve les déposa allait devenir le cœur du plus puissant empire que l’humanité ait connu.

Tout commence à Albe la Longue, une cité plus ancienne que Rome elle-même. La mère des jumeaux, Rhéa Silvia, était la nièce du roi Amulius — un usurpateur qui avait arraché le trône à son propre frère, Numitor. Pour empêcher toute descendance, il obligea Rhéa Silvia à devenir vestale : une prêtresse vouée à la chasteté à vie. Sauf qu’elle tomba enceinte et jura que le père était Mars, le dieu de la guerre. Amulius ne chercha pas à comprendre. Dès que les bébés virent le jour, il les fit jeter dans le Tibre.

Mais le Tibre ne les tua pas. Gonflé par les pluies de printemps, le fleuve les porta en douceur et les déposa au pied du Palatin. Et là, l’histoire bascule dans la légende : une louve trouva les nouveau-nés en pleurs et les allaita dans une grotte. Un pic-vert, oiseau sacré de Mars, leur apportait de quoi manger. Cette image — une louve nourrissant deux enfants humains — devint le symbole le plus célèbre de Rome, gravé sur des pièces de monnaie et sculpté dans la pierre pendant plus de deux mille ans.

Un berger du nom de Faustulus repéra la louve avec les jumeaux et les ramena chez lui. Sa femme et lui les élevèrent comme leurs propres fils. Romulus et Rémus grandirent courageux, intrépides, avec un talent naturel de meneurs. Le jour où ils apprirent la vérité — qu’ils étaient princes, pas bergers — ils retournèrent à Albe, renversèrent leur oncle et remirent leur grand-père sur le trône. Puis ils se lancèrent dans un projet plus ambitieux encore : fonder leur propre cité.

Et c’est là que tout dérape. Les deux frères voulaient bâtir la cité, mais impossible de s’entendre sur le lieu. Romulus voulait le Palatin — là même où la louve leur avait sauvé la vie. Rémus préférait l’Aventin, une colline voisine. Pour trancher, ils interrogèrent les dieux : celui qui verrait le plus de vautours dans le ciel l’emporterait. Rémus en compta six. Romulus, douze. Chacun revendiqua la victoire. Et voilà comment une querelle d’emplacement devint un point de non-retour.

L’historien Tite-Live, qui écrivit sept siècles plus tard, raconte la suite : Rémus, pour provoquer son frère, sauta par-dessus les murailles que Romulus commençait à tracer autour du Palatin. Un affront délibéré — ces murs étaient sacrés. Romulus le tua sur place. « Qu’il en soit ainsi pour quiconque franchit mes murs. » Jamais deux sans trois, dit le proverbe. Ils avaient survécu au fleuve. Survécu aux bêtes. Le troisième coup vint du dedans. Rome naquit ce jour-là, et elle naquit dans le sang d’un frère.

Le 21 avril 753 avant notre ère — du moins selon la tradition romaine — Romulus traça les limites de sa cité avec une charrue de bronze attelée à un taureau blanc et une vache blanche, soulevant le soc à chaque emplacement de porte. Cette date devint l’anniversaire officiel de Rome, célébré pendant des siècles. Et en 2007, des archéologues fouillant sous le Palatin découvrirent une chambre souterraine scellée, ornée de mosaïques et de coquillages — peut-être la grotte même où la louve avait nourri les jumeaux. Certains mythes, à ce qu’il paraît, laissent des traces.

Morale de l'histoire

Les grandes civilisations naissent souvent dans le sang, et l’ambition peut briser jusqu’aux liens entre frères.

Personnages

R
Romulus
R
Remus
M
Mars (God of War)
R
Rhea Silvia
K
King Amulius
K
King Numitor
F
Faustulus (Shepherd)
T
The She-Wolf (Lupa)

Source

Livy, Ab Urbe Condita I; Plutarch, Life of Romulus; Virgil, Aeneid VIII; Ovid, Fasti