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Dieux et Monstres·1/2·4
Photograph of Stonehenge

The place

Stonehenge

Merlin et la Danse des Géants

Comment un mage a déplacé une montagne de pierres par-delà la mer

12th century literary tradition (referencing 5th century events)Stonehenge

Le chef de guerre saxon Hengist invita 460 nobles bretons à une conférence de paix près de Salisbury. Ça ressemblait à un geste de réconciliation. C'était un piège. Il les massacra tous. Leurs corps furent jetés dans une fosse commune sur la plaine, et leur roi, Aurelius Ambrosius, fut brisé par le chagrin. Il fit le serment d'ériger un monument si grandiose que le monde n'oublierait jamais ce qui s'était passé là.

Aurelius convoqua les meilleurs architectes et artisans de toute la Bretagne. Aucun ne parvint à concevoir quelque chose à la hauteur des disparus. C'est l'archevêque Tremounus qui souffla au roi qu'il n'existait qu'un seul homme capable de l'aider : Merlin, le mage dont la sagesse dépassait celle de tout mortel. Le roi le fit chercher sur-le-champ.

La réponse de Merlin stupéfia toute la cour. En Irlande, dit-il, au sommet d'une montagne appelée Killaraus, se dressait un cercle de pierres colossales : la Danse des Géants. Des géants venus d'Afrique les avaient transportées là dans des temps immémoriaux, car ces pierres possédaient des vertus de guérison miraculeuses. Il suffisait de verser de l'eau dessus et de s'y baigner pour guérir de n'importe quel mal. Rien sur Terre ne les égalait. Seules ces pierres étaient dignes des morts.

Le roi éclata de rire. Pourquoi aller chercher des cailloux en Irlande alors que la Bretagne en regorgeait ? Mais Merlin le coupa net : ces pierres n'avaient rien d'ordinaire. Leur pouvoir était ancien et irremplaçable. Aurelius se laissa convaincre. Il envoya quinze mille soldats, menés par son propre frère Uther Pendragon — le futur père du roi Arthur —, accompagnés de Merlin, pour ramener les pierres.

L'armée arriva au Mont Killaraus et resta bouche bée devant le grand cercle. Puis les soldats s'y mirent : cordes, échelles, force brute. Les pierres ne bougèrent pas d'un pouce. On dit que là où la force échoue, seule la ruse triomphe. Mais ces hommes n'étaient pas encore prêts à l'admettre. Les mégalithes semblaient enracinés dans la terre par une puissance qui dépassait tout ce qui est humain.

Merlin observa leurs efforts avec un amusement tranquille, puis s'avança. La force brute ne servira à rien, leur dit-il. Seule l'habileté le peut. Il se mit à l'œuvre en utilisant ce que l'écrivain médiéval Geoffrey de Monmouth appelle mystérieusement « ses propres arts ». Des machines ? Des sortilèges ? Un mélange de génie et de magie ? Geoffrey ne le dit jamais. Ce qui est certain, c'est que Merlin démonta chaque pierre avec une aisance stupéfiante.

Il chargea les pierres sur des navires, traversa la mer d'Irlande et les redressa sur la plaine de Salisbury dans la même disposition exacte : un grand anneau au-dessus de la fosse commune des nobles assassinés. Aurelius consacra le monument, et selon la légende, il se dresse là depuis.

Voici ce qui rend cette histoire fascinante : l'anneau intérieur de Stonehenge est réellement composé de pierres bleues — de la dolérite et de la rhyolite — provenant des collines de Preseli, dans le sud-ouest du Pays de Galles, à environ 240 kilomètres de là. Geoffrey a situé l'origine en Irlande plutôt qu'au Pays de Galles, mais l'idée centrale est étonnamment juste : les pierres sont venues d'une terre lointaine à l'ouest, en traversant l'eau, par des moyens qu'on ne comprend toujours pas entièrement. Certains chercheurs pensent que le souvenir de ce voyage épique a survécu dans la tradition orale pendant trois mille ans avant que Geoffrey ne le couche sur parchemin, transformé par le temps en un conte de magie et de géants.

Morale de l'histoire

La vraie sagesse surpasse la force brute — et les plus grands monuments sont ceux qui honorent la mémoire des morts, pas la gloire des vivants.

Personnages

M
Merlin
K
King Aurelius Ambrosius
U
Uther Pendragon
A
Archbishop Tremounus
H
Hengist the Saxon

Source

Geoffrey of Monmouth, "Historia Regum Britanniae" (c. 1136), Book VIII, Chapters 10-12; translated by Lewis Thorpe (Penguin Classics, 1966)