Skip to main content
Fantômes et Malédictions·1/2·6
Photograph of Windsor Castle

The place

Windsor Castle

Herne le Chasseur

Le spectre cornu qui chevauche dans le Grand Parc de Windsor aux heures les plus sombres de la nation

Fin du XIVe siècle (Richard II) — PrésentWindsor Castle

Au cœur du Grand Parc de Windsor, là où des chênes noueux se dressent depuis avant que Guillaume le Conquérant ne traverse la Manche, survit une légende vieille de plus de six cents ans. C'est l'histoire de Herne le Chasseur : un spectre coiffé d'immenses bois de cerf, chevauchant un destrier noir dans la nuit, menant une meute de chiens fantômes, traînant derrière lui un cliquetis de chaînes à glacer le sang. C'est le fantôme le plus célèbre du folklore anglais. Et le Grand Parc de Windsor est son terrain de chasse pour l'éternité.

La version la plus répandue situe Herne sous le règne de Richard II, à la fin du XIVe siècle. C'était le garde-chasse préféré du roi — personne ne maniait l'arc comme lui, personne ne connaissait la forêt aussi bien. Un jour, pendant une chasse royale, un cerf blanc d'une taille prodigieuse chargea le roi et le renversa de son cheval. Herne se jeta entre l'animal et le souverain. Il planta son couteau dans la gorge de la bête, mais les bois du cerf lui lacérèrent le corps. Le meilleur chasseur d'Angleterre gisait mourant sur le sol de la forêt.

C'est alors qu'un inconnu sortit des bois. Personne ne l'avait jamais vu. Il déclara pouvoir sauver Herne, mais à une condition : qu'on tranche les bois du cerf mort et qu'on les attache à la tête du blessé. Ce fut fait. Par quel art — médecine ancienne, magie noire ou pacte avec des puissances qu'il vaut mieux ne pas nommer — les chroniques ne le disent pas, mais Herne survécut. Seulement, la guérison portait un prix effroyable. De retour en forêt, il découvrit que son don surnaturel l'avait complètement abandonné.

Ses compagnons, qui avaient toujours jalousé sa place auprès du roi, le raillèrent sans pitié. Celui qui avait été le plus grand chasseur du royaume n'était plus qu'un pantin affublé de bois de cerf comme un bonnet de fou. Chez nous on dit « jamais deux sans trois » — mais pour Herne, la troisième fois ne fut pas la bonne : ce fut la fin. D'abord la blessure mortelle, puis la perte de son talent, et enfin la folie. Une nuit, il marcha jusqu'à un vieux chêne et se pendit. On le retrouva à l'aube, les bois encore liés au crâne.

Le roi fit enterrer Herne et la forêt retrouva le silence. Mais pas pour longtemps. En quelques semaines, les chasseurs qui l'avaient tourmenté commencèrent à entendre des choses étranges : des sabots au galop là où aucun cheval ne passait, des hurlements de chiens sans ombre, des chaînes traînées dans les feuilles mortes. Puis ils le virent : Herne en personne, sur un cheval noir, ses bois découpés contre la lune, les yeux brillant d'une lueur froide. Un par un, ceux qui s'étaient moqués de lui moururent de façons terrifiantes. La forêt avait réclamé sa dette.

Shakespeare connaissait Windsor intimement et avait sûrement entendu la légende de la bouche des habitants. Il l'intégra dans « Les Joyeuses Commères de Windsor » vers 1597, où Falstaff se déguise en Herne au pied du chêne. Mais les vraies apparitions du spectre n'ont rien eu de comique. Élisabeth Ire l'aurait aperçu peu avant l'Invincible Armada de 1588. On le signala aussi avant l'exécution de Charles Ier en 1649, avant la Grande Peste de 1665, et — détail glaçant — aux étés 1914 et 1939, à la veille des deux Guerres mondiales.

Les chercheurs ont relié Herne à des figures bien plus anciennes : Cernunnos, le dieu celte cornu représenté sur le Chaudron de Gundestrup au Ier siècle av. J.-C. ; la Chasse Sauvage de la mythologie germanique, où le dieu Odin mène une cavalcade de morts à travers le ciel d'hiver ; et l'Homme Vert, ce visage de feuillage sculpté dans les églises de toute l'Angleterre. Herne serait peut-être l'incarnation anglaise d'un archétype aussi vieux que la civilisation : le seigneur sauvage de la forêt, l'esprit qu'aucun roi ne peut soumettre et qu'aucune mort ne peut faire taire.

Le chêne original de Herne a tenu debout pendant des siècles avant de tomber dans une tempête en 1863. La reine Victoria, qui prenait la légende très au sérieux, fit planter un nouveau chêne au même endroit. Que l'esprit soit passé dans le nouvel arbre ou qu'il poursuive simplement sa chevauchée éternelle dans l'obscurité du parc, c'est une question à laquelle seuls ceux qui osent s'aventurer seuls à Windsor à minuit peuvent répondre.

Morale de l'histoire

Ceux qui détruisent une âme noble par la cruauté et l'ingratitude risquent de voir l'esprit qu'ils ont offensé devenir une force éternelle bien plus terrible que l'homme vivant ne l'a jamais été

Personnages

H
Herne le Chasseur — Garde-chasse royal, maudit et poussé au suicide
R
Richard II (ou Henri VIII) — Le roi dont Herne sauva la vie
L
L'Étranger sombre (Philip Urswick) — Figure mystérieuse qui lia les bois et sauva Herne à un prix terrible
L
Les chasseurs rivaux — Ceux qui se moquèrent de Herne et connurent des fins terribles
W
William Shakespeare — Qui immortalisa la légende dans « Les Joyeuses Commères de Windsor »
C
Cernunnos — L'ancien dieu celte cornu auquel Herne est lié

Source

William Shakespeare's "The Merry Wives of Windsor" (c. 1597), Samuel Ireland's "Picturesque Views on the River Thames" (1792), Harrison Ainsworth's "Windsor Castle" (1843), Margaret Murray's folklore research, local Windsor oral tradition