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Prophètes et Pèlerins·3/6·4
Photograph of Persepolis

The place

Persepolis

Nowruz : Le jour où le monde renaît

La plus ancienne fête du monde — et ni le feu, ni les conquêtes, ni les révolutions n'ont pu la tuer

515 av. J.-C.–présent ; 1971 apr. J.-C. (célébration du Shah)Persepolis

Sur l'escalier de Persépolis — cité cérémonielle bâtie par Darius le Grand dans l'actuel Iran — un lion plante ses crocs dans un taureau. Ce n'est pas un ornement : c'est un calendrier. Le Lion dévorant le Taureau marque l'équinoxe de printemps, la seconde où jour et nuit s'équilibrent. Cette seconde s'appelle Nowruz — « Jour Nouveau » — le Nouvel An persan, célébré sans interruption depuis 2 500 ans. Darius n'a pas bâti Persépolis pour gouverner. Il l'a bâtie pour fêter la renaissance du monde.

Le mythe remonte plus loin que les ruines. Dans le Shahnameh — l'épopée du Xe siècle, âme de la littérature persane, écrite par Ferdowsi — un roi nommé Djamshid enseigna tout à l'humanité : médecine, tissage, forge. Il ordonna aux démons de lui bâtir un trône de joyaux et fut élevé au ciel. Quand le soleil frappa le trône, le monde fut inondé de lumière et le peuple proclama ce jour « Nouveau ». Pendant trois cents ans, Djamshid régna et la mort fut suspendue.

Puis l'orgueil le détruisit. Djamshid se déclara dieu. Sa gloire divine s'échappa de son corps sous la forme d'un faucon. Un roi-démon surgit et le fit scier en deux. L'avertissement est tissé dans le mythe : la fête que Djamshid créa survit toujours, mais le roi qui revendiqua trop fut anéanti. Nowruz appartient à la rotation de la Terre, pas à un homme portant couronne.

À chaque équinoxe, des délégations de vingt-trois nations gravissaient les grands escaliers de Persépolis en habits traditionnels : lionnes avec leurs petits, chevaux, poudre d'or, ivoire. Le roi recevait les tributs du monde et offrait des présents en retour. Le feu sacré du zoroastrisme brûlait au cœur de la cérémonie. Persépolis n'était pas un palais : c'était une scène bâtie pour un seul acte — la naissance annuelle du printemps.

Vingt-trois siècles plus tard, les ruines redevinrent une scène. En 1971, le dernier Shah d'Iran organisa la fête la plus somptueuse du monde moderne — là, entre les colonnes de Persépolis. Cinquante tentes climatisées. Dîner préparé par Maxim's de Paris. Soixante-neuf chefs d'État. Le Shah leva son verre au fantôme de Cyrus le Grand pendant qu'une grande partie de l'Iran vivait dans la misère. Huit ans plus tard, une révolution l'a effacé.

On dit : chassez le naturel, il revient au galop. Nowruz en est la preuve vivante. Alexandre brûla Persépolis, mais ne put brûler l'équinoxe. La conquête arabe apporta l'islam, mais ne put effacer une fête tissée dans le quotidien. Les Mongols rasèrent des villes entières. La Révolution islamique de 1979 tenta d'interdire Nowruz, le déclarant non-islamique. Les ayatollahs commandaient les mosquées, mais ils ne commandaient pas l'orbite de la planète.

Aujourd'hui, trois cents millions de personnes célèbrent Nowruz — Iran, Afghanistan, Asie centrale, Turquie, Kurdistan, diaspora mondiale. À la seconde exacte de l'équinoxe, les familles dressent la table du Haft-Sin : sept objets dont les noms commencent par S en persan. Blé germé pour la renaissance. Ail pour la santé. Pommes pour la beauté. Vinaigre pour la patience. Un miroir réfléchit la lumière. Un poisson rouge pour la vie. Et un livre — Shahnameh, Hafez ou Coran — pour la sagesse.

À Persépolis, le lion mord toujours le taureau dans la pierre. L'équinoxe revient toujours. Et trois cents millions de personnes, dispersées par les empires, les révolutions et l'exil, dressent toujours la table, nettoient leur maison, pardonnent à leurs ennemis et déclarent ce que Darius grava dans la pierre : le monde est neuf. Le monde naît à nouveau.

Morale de l'histoire

Les empires s'effondrent, les religions changent, les révolutions dévorent leurs enfants — mais à chaque équinoxe de printemps, trois cents millions de personnes dressent la table, nettoient leur maison et déclarent le monde né à nouveau. Nowruz n'appartient à aucun roi : il appartient à la rotation de la Terre.

Personnages

D
Darius Ier (qui bâtit la scène du Nowruz)
D
Djamshid (le roi mythique du Nowruz)
M
Mohammad Reza Shah (la célébration de 1971)
F
Ferdowsi (poète du Shahnameh)
L
Les 300 millions qui célèbrent encore

Source

Ferdowsi, Shahnameh, trans. Dick Davis (2006); Boyce, Mary, 'Nowruz,' Encyclopaedia Iranica; Briant, Pierre, From Cyrus to Alexander (2002); Milani, Abbas, The Shah (2011)