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Énigmes du Passé·5/6·4
Photograph of Persepolis

The place

Persepolis

Aucun genou à terre

Le plus grand empire du monde antique a gravé dans la pierre une idée impensable : des peuples conquis marchant tête haute devant leur roi

515–465 BCE (construction); 1931–1939 (excavation)Persepolis

Dans le sud de l'Iran, au milieu des ruines de ce qui fut la plus grande capitale cérémonielle du monde antique, il y a un escalier gravé dans la pierre qui a changé notre façon de comprendre le pouvoir. Persépolis. Sur cet escalier, vingt-trois peuples venus de tous les coins du plus vaste empire que l'humanité ait jamais connu défilent en procession vers leur roi. Chacun porte ses habits. Chacun apporte ses offrandes. Chacun garde son identité. Personne n'est à genoux. Personne n'est enchaîné. Dans l'Antiquité, c'était du jamais-vu.

Les détails coupent le souffle. Des Élamites du sud-ouest de l'Iran portent une lionne et deux lionceaux — on distingue les muscles sous sa peau. Des Arméniens mènent un cheval sculpté si finement qu'on voit les pompons de sa bride. Des Babyloniens apportent des étoffes dont chaque frange est ciselée une à une dans la roche, avec un taureau à bosse. Des Lydiens — du pays de Crésus, où les rivières charriaient de l'or — offrent des bracelets en or et un char miniature. Des Éthiopiens portent des défenses d'éléphant. Chaque peuple ressemble exactement à lui-même.

Pour mesurer ce que ça représente, il faut savoir ce qui existait avant. Les Assyriens — la puissance dominante au Moyen-Orient pendant des siècles — décoraient leurs palais avec des ennemis empalés, décapités, écorchés vifs. C'était comme ça que les empires montraient leur force : par la terreur pure. Dans tous les reliefs de Persépolis, pas un seul acte de violence contre un être humain. Pas un seul. Chaque étranger marche droit, portant des offrandes au lieu de chaînes. Les Perses avaient vu la brutalité assyrienne de près. Ils ont choisi l'exact inverse.

Et les Perses n'ont pas seulement gravé cette idée — ils l'ont construite. Darius le Grand a enterré des tablettes d'or et d'argent sous les fondations, et dessus il a inscrit qui avait bâti l'édifice : les tailleurs de pierre étaient grecs et lydiens, les orfèvres étaient mèdes et égyptiens, les briquetiers étaient babyloniens. Le plus grand monument de l'empire avait été bâti par des gens venus de chacune de ses provinces. On dit « diviser pour mieux régner ». Darius a fait l'inverse — et son escalier est toujours debout.

Au centre de la scène trône le Roi des Rois — presque certainement Darius Ier — tenant un lotus et un sceptre. Derrière lui, son fils Xerxès se tient debout à la même hauteur : la promesse que la lignée tiendra. Mais l'image la plus mystérieuse est sur l'escalier d'en face : un lion plonge ses crocs dans un taureau. Les spécialistes pensent que c'est une carte céleste — le Lion dévorant le Taureau au moment précis de l'équinoxe de printemps. C'est Norouz, le Nouvel An perse. Toute la procession est un calendrier gravé dans la pierre.

Est-ce que tout ça était vrai ? Les historiens en débattent depuis des décennies. Les « offrandes » étaient des impôts. La « participation volontaire » était soutenue par une armée. Les sourires, c'était de la propagande. Mais même les plus sceptiques admettent que les Perses étaient vraiment différents. Le fondateur de l'empire, Cyrus le Grand, a publié un décret permettant aux peuples conquis de garder leurs dieux et leurs coutumes — l'un des tout premiers actes de tolérance religieuse de l'histoire. L'art exagère, oui. Mais il exagère quelque chose qui existait réellement.

Quand Alexandre le Grand a brûlé Persépolis en 330 avant notre ère — probablement ivre, certainement pour faire passer un message — les décombres ont enseveli l'escalier oriental et l'ont protégé sans le vouloir. Treize des soixante-douze colonnes d'origine sont encore debout aujourd'hui. Et chaque printemps, trois cents millions de personnes célèbrent Norouz — un rituel gravé sur cet escalier il y a deux mille cinq cents ans. Le cortège marche encore. Il n'est pas arrivé. Il n'arrivera jamais. C'est ça, l'idée.

Morale de l'histoire

La vraie puissance ne se prouve pas en écrasant les plus faibles, mais en leur permettant de se tenir debout en votre présence — les reliefs de l'Apadana sont le plus bel argument de l'histoire : la grandeur d'un empire ne se mesure pas à l'uniformité qu'il impose, mais à la diversité qu'il embrasse.

Personnages

D
Darius Ier (le Grand Roi)
X
Xerxès Ier (bâtisseur de l'Apadana)
L
Les 23 peuples tributaires
A
Artisans grecs et égyptiens
E
Ernst Herzfeld (archéologue)

Source

Schmidt, Erich F., Persepolis I: Structures, Reliefs, Inscriptions (1953); Root, Margaret Cool, The King and Kingship in Achaemenid Art (1979); Briant, Pierre, From Cyrus to Alexander (2002); Garrison, Mark and Root, Margaret Cool, Seals on the Persepolis Fortification Tablets (2001–); Kuhrt, Amélie, The Persian Empire: A Corpus of Sources (2007)