Skip to main content
Mysteries Enigmas·3/5·3
Photograph of Baalbek

The place

Baalbek

Les pierres qui ne devraient pas exister

Les blocs de huit cents tonnes qui ont défié toute explication pendant des siècles — et la carrière qui garde encore la plus grande pierre taillée de l'histoire

c. 27 BCE – 60 CE (Trilithon construction); 2014 (discovery of the largest carved stone in history)Baalbek

Trois pierres sont posées dans un mur à Baalbek, au Liban. Chacune pèse huit cents tonnes. Elles forment les fondations du temple de Jupiter — le plus grand édifice religieux jamais bâti par l'Empire romain. Elles s'emboîtent si parfaitement qu'une lame de rasoir ne passe pas entre elles. Pas de mortier. Pas de ciment. Rien que du calcaire contre du calcaire, maintenu par la gravité et le savoir-faire d'ingénieurs qui n'ont jamais laissé leur nom.

Pendant des siècles, personne n'a eu la moindre idée de comment elles étaient arrivées là. Le mystère était si colossal qu'il avalait toute réponse rationnelle. Une légende arabe racontait que la ville avait été construite par Caïn — le fils d'Adam — avec l'aide de géants. La tradition islamique évoquait des êtres surnaturels appelés djinns, aux ordres du roi Salomon. Au XIXe siècle, un explorateur anglais a sérieusement proposé que des éléphants préhistoriques avaient servi de grues vivantes.

Quand Mark Twain est passé par là en 1867, il a fixé le mur et écrit : « Comment ces blocs immenses ont pu quitter les carrières reste un mystère que personne n'a résolu. » Il n'exagérait pas. La carrière se trouve à huit cents mètres. Des blocs de huit cents tonnes ont parcouru cette distance il y a deux mille ans — sans moteur, sans acier, sans roues capables de supporter un tel poids. Et pourtant, les pierres sont toujours là.

La réponse est venue en 1977 d'un architecte français, Jean-Pierre Adam. Il a fait les calculs. Seize cabestans rotatifs, chacun actionné par trente-deux hommes, reliés par des cordes de chanvre et des poulies. Cinq cent douze ouvriers au total. Le terrain entre la carrière et le temple descend légèrement — la gravité donnait un coup de main. Les joints impossibles ? Une technique romaine : seuls les bords de chaque bloc étaient polis jusqu'à être parfaitement plats. Pas d'extraterrestres. Pas de géants. Juste Rome, fidèle à elle-même.

Mais la carrière cachait un secret plus grand encore. À moitié enfoui là où il reposait depuis deux mille ans se trouvait un bloc partiellement taillé connu sous le nom de Pierre de la Femme Enceinte. Mille tonnes — encore plus lourd que les trois pierres du mur. Il était presque détaché de la roche mère, mais n'a jamais bougé. Une fissure pendant l'extraction a peut-être tout arrêté. Ou une épidémie. Ou le manque d'argent. Personne ne sait.

Le nom vient d'une légende locale. Une femme enceinte a juré aux habitants de Baalbek qu'elle connaissait le secret pour déplacer la pierre impossible — à une condition : qu'on la nourrisse jusqu'à l'accouchement. Marché conclu. Elle a mangé à sa faim pendant neuf mois. Quand le bébé est arrivé, elle a avoué qu'elle n'en avait pas la moindre idée. C'est peut-être le plus beau bluff de l'histoire du folklore.

Jamais deux sans trois, dit le proverbe. À Baalbek, le trois n'était qu'un début. En 2014, une équipe dirigée par l'archéologue Jeanine Abdul Massih creusait sous la Pierre de la Femme Enceinte quand elle est tombée sur quelque chose d'inimaginable : un nouveau bloc, plus grand que tout ce que des mains humaines avaient jamais taillé. Près de vingt mètres de long. Six de large. Plus de cinq de haut. Mille six cent cinquante tonnes — plus lourd que quatre Boeing 747 chargés à bloc. La plus grande pierre ouvrée de l'histoire de l'humanité, enfouie depuis l'époque des Césars.

Ils n'avaient même pas atteint le fond. Abdul Massih a déclaré depuis la carrière : « Nous ne connaissons pas la dimension complète. » Il y a deux mille ans, des ingénieurs romains ont regardé cette roche et se sont dit : on peut en faire quelque chose. Ils l'ont taillée, poli ses surfaces, préparée pour le transport… puis ils sont partis pour toujours. Ce qu'ils ont laissé derrière eux n'est pas un monument à l'échec. C'est la preuve que la plus grande chose jamais arrachée à la roche par des mains humaines était destinée à quelque chose de plus grand encore.

Morale de l'histoire

La vraie mesure de l'ambition, ce n'est pas ce qu'on termine — c'est ce qu'on ose commencer. Les Romains ont laissé la plus grande pierre jamais taillée inachevée dans une carrière, et deux mille ans plus tard, on se demande encore ce qu'ils avaient en tête.

Personnages

J
Jean-Pierre Adam (French architect-archaeologist)
D
Dr. Jeanine Abdul Massih (Lebanese University archaeologist)
T
The Roman engineers of Colonia Heliopolis
T
The Pregnant Woman of the Legend
M
Mark Twain (visiting author, 1867)

Source

Adam, Jean-Pierre. 'A propos du trilithon de Baalbek,' Syria Vol. 54, 1977; Abdul Massih, Jeanine & German Archaeological Institute, 2014 excavation reports; Kalayan, Haroutune. 'The Engraved Drawing on the Trilithon,' 1969; Twain, Mark. The Innocents Abroad, 1869; Archaeology Magazine, March/April 2015; Guinness World Records, Largest Megalith from Antiquity